Adopter un mode mental favorable à la créativité

Les conseils de Jean-Louis PRATA pour mieux s'adapter à la complexité & innover

Publié le 03 juillet 2017

Le monde change, la compétition économique se durcit : plus que jamais il devient nécessaire de mobiliser les capacités de penser différemment pour imaginer des organisations, des méthodes de travail et des offres innovantes.
L’Approche Neurocognitive et Comportementale permet de mieux comprendre la dynamique de fonctionnement de l’humain et propose des méthodes pour mobiliser les ressources mentales qui sous-tendent la capacité d’innover et de résoudre des problèmes complexes. 

Par Jean-Louis PRATA, directeur du pole Innovation d’IME Conseil et co-fondateur de l’Institut de Neurocognitivisme

Coach, consultant et formateur, Jean-Louis PRATA accompagne les professionnels et les entreprises dans l’appropriation et la mise de l’approche neuro cognitive et comportementale développée par Jacques Fradin et l’équipe de l’IME,  pour améliorer conjointement  la performance et la qualité de vie au travail, et mieux comprendre les comportements de consommation.

La créativité et l’inspiration ne sont plus l’apanage des artistes

Dans une économie globalisée où les entreprises sont en concurrence avec le reste du monde, tout le monde s’accorde à penser qu’il devient indispensable d’être créatif et d’innover pour se différencier, et proposer aux consommateurs des offres de produits et de services qui satisfont au mieux leurs besoins et leurs aspirations. Or, dans un processus créatif, la maitrise technique, l’analyse rationnelle structurée des besoins des consommateurs et même les méthodes structurées de créativité ne sont plus suffisantes. Il manque le « supplément d’âme » qui fera la différence, qui nait le plus souvent de l’inspiration.

Lorsque nous sommes confrontés à l’envie ou la nécessité de trouver un concept nouveau ou de résoudre un problème inédit, l’inspiration nous « frappe » aux moments les plus inattendus, comme par exemple en plein milieu de la nuit, lors d’une promenade, sous la douche ou en faisant autre chose. Lorsque nous sommes inspirés, nous pouvons générer une masse d’idées étonnamment pertinentes en une courte période de temps.

Nous pouvons bien sûr, en l'absence d’inspiration, utiliser des méthodes structurées pour générer des idées, les évaluer, résoudre des problèmes : nous parvenons de cette manière à produire des idées,  mais qui ne seront pas aussi brillantes et élégantes que celles élaborées lorsque nous sommes inspirés.

Qu’est-ce que l’inspiration ?

Lorsque l’on évoque l’inspiration, on peut parler de l’objet qui provoque l’inspiration. Yves Saint Laurent écrivait « Mon inspiration s’est toujours appuyée sur la réalité quotidienne, j’ai toujours été fidèle à mon temps, mon époque » pour signifier que l’état d’inspiration pour créer émergeait d’une « muse » qui n’était autre que la  réalité quotidienne d’une époque dont il essayait de percevoir le sens. Chercher à comprendre les femmes et les hommes, leurs besoins et leurs aspirations, leur mode de vie, leurs préférences ne donne pas le plan détaillé pour concevoir le produit ou service qu’ils apprécieront, mais constitue un terrain d’inspiration pour nourrir l’intuition des designers et des équipes marketing.          

Mais l’inspiration est avant tout une attitude, une posture mentale synonyme de souplesse, d’aisance et de bon sens. Quand on est inspiré, on réutilise mieux ses diverses connaissances, on voit des liens entre les choses et les solutions arrivent toutes seules, et cerise sur la gâteau on s'épanouit plus dans notre activité. Soudain, de la masse informe et floue de nos pensées, de nos réflexions et de nos ressentis sur un sujet, les idées jaillissent, en un éclair, comme venues de nulle part.  Lumineuses, révélations claires qui expliquent comment nos pensées aux contours flous peuvent s’emboîter en un tout cohérent et pertinent par rapport au sujet qui vous intéresse.

Qu’en disent les sciences du cerveau et de la cognition ? 

l’inspiration ressemble plus à un processus d’émergence inconscient qu’à une méthode systématique consciente de production d’idées, il semble intéressant de décrypter ce processus d’émergence de l’inspiration. S’il est quasiment impossible d’identifier précisément le cheminement intellectuel qui conduit à l’émergence d’une inspiration heureuse, il semble tout à fait possible d’identifier et de cultiver l’état d’esprit qui sous-tend l’aptitude à l’inspiration.

Michel Bourguignon, chercheur au service de médecine nucléaire de la faculté d'Orsay, décrit les états d’inspiration et de créativité, mais aussi du bonheur, comme induits par une synchronisation neuronale : Tout de passe comme si, soudain, les neurones se synchronisaient dans la transmission en pulsant à la même fréquence pour provoquer un « déclic créatif », qui sous-tend la capacité de notre esprit à reconnaitre des formes très rapidement.

Charles Limb, chercheur américain de l’université de San Francisco et musicien amateur, a étudié le cerveau de 12 pianistes de jazz cherchant l’inspiration dans des photos de visages exprimant une émotion pour improviser, grâce à l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf). Il a mis en évidence que le cerveau n’est pas binaire avec un mode « créatif » et un mode « non créatif », mais fonctionne avec un degré plus ou moins grand de créativité en fonction des situations. Les chercheurs ont alors constaté qu'une région du cerveau, le cortex dorso-latéral, se mettait "en veille" lors de l'expérience. Cette zone est notamment impliquée dans la planification et le contrôle du comportement. Cela signifie, concrètement, qu’inspiration rime avec lâcher prise : il s’agit d’accepter de ne pas maitriser consciemment le cheminement de la réflexion sur le sujet pour laisser notre esprit vagabonder autour de la question et du problème sans jugement ni limite et faire confiance à notre intuition pour faire émerger des idées.

L’état d’inspiration décrit par les artistes et les scientifiques est proche du « mode mental adaptatif » décrit par Jacques Fradin. Grâce aux sciences cognitives, on sait que tout individu dispose de deux grandes façons d'appréhender une situation et oscille entre les deux dans les situations rencontrées. En mode mental automatique, nous appliquons des schémas de perception et d'action appris ou conditionnés face à une situation qui nous paraît simple et connue, à l’inverse en mode mental adaptatif nous créons de nouvelles perspectives et de nouvelles stratégies lorsque la situation s'avère nouvelle et/ou complexe. L'imagerie cérébrale a, dès ses débuts, montré que les territoires antérieurs de notre cerveau, impliquant notamment le cortex préfrontal, étaient plus particulièrement activés lorsque nous étions en train de créer de nouvelles stratégies. En revanche, au fur et à mesure qu'une tâche devient maîtrisée puis routinière, elle s’automatise et ce sont des territoires plus postérieurs, plus bas et anciens, qui sont activés de façon préférentielle. Le cerveau travaille à l’économie en recrutant des territoires plus spécialisés, localisés, limités, donc moins consommateurs de ressources… lesquelles restent ainsi plus disponibles pour faire face à l’imprévu.

En entrant plus dans les détails, le cortex préfrontal droit semble davantage impliqué dans la détection des informations inattendues ou dissonantes, alors que le gauche intervient plutôt dans la résolution de problèmes. A l’articulation entre les deux, se situe le cortex orbitofrontal, qui intègre l’information de ces deux lignées. On comprend ainsi son rôle déterminant dans la prise de décision. Des chercheurs de l‘Université de Leipzig ont également montré que le cortex orbitofrontal joue un rôle dans la cohérence des jugements intuitifs. Le mode mental adaptatif sous-tendu par ces structures semble être un acteur déterminant dans la capacité que nous avons d’être inspiré.

Comment mobiliser le mode mental adaptatif favorable à la créativité et l’inspiration ?  

Comme un muscle, le mode mental adaptif peut être entrainé afin de le mobiliser plus facilement et volontairement, et donc multiplier les moments d’inspiration tellement utiles, productifs et agréables dans la création. La Gestion des Modes Mentaux est un ensemble de techniques accessibles favorisant la mobilisation de notre mode mental adaptatif.  

Notre mode mental adaptatif comporte 6 dimensions complémentaires, 6 attitudes propices à l’innovation :

  • La curiosité : nous recherchons l’inconnu, l’aventure, la découverte, l’exploration de sensations inhabituelles, surprenantes, l’imprévu devient plaisant. Nous contemplons, observons les différences, percevons le monde comme une symphonie sans cesse renouvelée, imprévisible, qui ne joue jamais deux fois la même partition. Nous cherchons sans cesse à construire de nouvelles relations, renouveler et faire évoluer celles qui se routinisent, sortons de nos habitudes pour relancer le désir.
     
  • La souplesse : nous acceptons pleinement la réalité qui dérange, intégrons ce qui fait obstacle. Nous nous adaptons en temps réel à un monde en mouvement perpétuel. Nous sommes à l’écoute des signaux faibles annonciateurs de rupture, et lorsqu’il est trop tard pour gérer, nous sommes capables de prendre le flot submergeant et surfer, de laisser passer la vague, nous laisser emporter pour mieux ressortir plus loin. Nous rebondissons, tirons parti des événements plutôt que de les nier. Nous nous enrichissons des expériences, construisons des opportunités à partir de contrariétés ou d’échecs.
     
  • La nuance : nous sommes spontanément capables de sortir de visions simplistes et binaires (vrai/faux, bien/mal, beau/laid…) pour nuancer, préciser, percevoir la subtilité du réel, transcrire sa complexité et son caractère continu. Nous pouvons rester autant que nécessaire dans le flou qui précède la clarté. La simplification nécessaire à l’action efficace arrive seulement en fin de course.
     
  • La relativité : nous sommes à l’aise dans l’analyse multicritères, l’ancrage dans la complexité du réel, car nous sommes conscients que le monde est bien plus complexe que nos représentations, partielles et partiales, sans doute plus fausses que vraies, qui ne servent donc que d’outils provisoires, en attendant les suivants.
     
  • La réflexion : nous préférons chercher à comprendre la cascade et l’interaction complexe des causes et des effets, garder un œil critique sur ce qui marche et avoir conscience que l’apparence est souvent trompeuse – avant de s’effondrer, un mur est toujours debout. - Nous évitons de tout jeter dans ce qui a échoué (le bébé et l’eau du bain) sans en avoir compris le déroulement précis. C’est la traque des causes, pas des effets. 
     
  • L’individualisation : nous préférons savoir  ce que nous pensons vraiment, au fond de nous, ce que nous croyons comme à peu près acquis et ce qui est plus incertain. Nous faisons nos choix en fonction de nos opinions, goûts, motivations, expériences, relations,  sentiments que nous portons aux autres. Et alors seulement, nous décidons, en accord avec nous-même, prêts à assumer nos actes en nous détachant du regard des autres. Nous sommes capables de faire le tri entre le jugement émotionnel des autres et les faits, entre la loi du plus fort ou du conformisme et la loi du droit, entre l’éthique et la morale.

Notre cerveau est capable d’adopter les attitudes décrites au-dessus et donc de se mettre en « mode inspiration ». Dans ce mode, les différentes dimensions s’expriment de manière inconsciente, simultanée et parallèle. Ainsi émergent des idées intuitives qui ne viennent pas de nulle part, mais d’un vaste traitement d’information complexe et hyper rapide que notre cerveau réalise.

Comment cultiver sa créativité et son inspiration ?  

Souvent, pour trouver l’inspiration, on va chercher, hors de soi, des environnements, des activités, des objets ou des personnes inspirantes pour stimuler son inspiration ou celle de ses équipes. Or, nous avons vu que l’inspiration s’apparentait avant tout à une posture, un état d’esprit, à l’intérieur de nous. Des techniques, comme la Gestion des Modes Mentaux, permettent de le stimuler afin de développer sa capacité de le mobiliser à volonté, sans attendre qu’il arrive « par miracle ». Elles permettent également de mieux comprendre pourquoi nous sommes parfois stressé et donc en panne d’inspiration, car inspiration rime avec sérénité.

Dans un environnement économique complexe et hyperconcurrentiel ou le taux d’échec des lancements de nouveaux produits atteint 80% dans certains secteurs, avoir des équipes inspirées dans ce qu’elles font apparait comme un atout majeur. Dès lors, une entreprise qui souhaite réussir a tout intérêt à former à ces techniques les professionnels de l’innovation, du marketing et du design pour mieux imaginer les produits et services d’aujourd’hui et de demain, en leur permettant de s’approprier ces technique favorables à l’inspiration. 

Et comme l’inspiration doit être nourrie d’informations nouvelles, toutes les actions qui visent à mieux comprendre les besoins et attentes des consommateurs que l’on sert sont bienvenues et source de progrès.

Contacts

Jean-Louis PRATA
Directeur du pôle Innovation
IME Conseil - neurocognitivisme.fr
Stéphanie Heritier Da Cunha
Innovation - Service Professionnalisation
Auvergne-Rhône-Alpes Tourisme
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