La culture s’invite au Forum et parle de ses innovations

Publié le 25 juin 2010

Réflexions croisées : lors de la première plénière du deuxième Forum Innovation Tourisme organisé par Rhône-Alpes Tourisme en novembre dernier à Saint-Etienne, Georges Verney-Carron et Elsa Francès ont démontré que la création et l'innovation constituaient les seuls espoirs pour l'avenir, tandis que Michel Coté et Olivier Célarié ont plaidé pour que nous osions casser les codes, retrouver la valeur et le sens des choses. Mise en bouche des échanges entre Georges Verney-Carron et Elsa Francès.

GEORGES VERNEY-CARRON et ELSA FRANCES nous proposent deux approches de la création avec chacun un regard décalé et une sensibilité qui introduisent de la poésie dans les projets, permettant une « réhumanisation de nos villes. Le premier souhaite donner plus de pouvoir aux artistes dans la cité. Pour la seconde, l'approche créative proposée par le design est plus pragmatique : elle modifie les comportements de nos sociétés à travers la fonction et l'usage.

Pour GEORGES VERNEY-CARRON, Président du Groupe 45, Fondateur « d'Art Entreprise », « Le patrimoine ne doit en aucun cas être muséifié, au risque de mourir. Il doit être au contraire ré-humanisé pour continuer à être pleinement vivant. Pour ce faire, il doit être le cadre d'accueil d'activités qui favorisent le lien social, l'ouverture sur les cultures, sur l'autre. L'activité culturelle, économique et sociale doit y être permanente. Il faut en continu trouver une nouvelle vocation d'utilisation aux bâtiments patrimoniaux, en leur ajoutant pourquoi pas une greffe contemporaine.

Cette dynamique participe en outre à faire évoluer en continu l'identité - ou ADN- des villes et des territoires, condition indispensable pour éviter une mort lente mais inexorable » estime Georges Verney-Carron

Pour entrer dans cette spirale, il convient de replacer l'artiste au centre du processus de création afin de profiter du regard décalé, interrogatif, voire visionnaire que celui-ci porte en permanence sur la réalité de notre monde actuel.

Georges Verney-Carron affirme en outre qu'il faut, « aujourd'hui plus qu'hier encore, avoir le courage de sortir des méthodes, des lobbies locaux, et prendre du recul sur notre routine quotidienne ». Et de nous rappeler que nous sommes des êtres poly sensoriels et que, comme l'a affirmé Léonard de Vinci « Le bon sens, ce n'est que l'addition de tous les sens. ». Aussi ceux-ci doivent-ils être en éveil dans toute opération de construction ou d'aménagement.

La création est un accélérateur du développement, un tremplin d'amélioration de la qualité d'une destination, comme l'illustre par exemple le phénomène Bilbao en lien avec l'œuvre de Franck GEHRY. « Faire appel aux artistes et aux grands concepteurs, que ce soit au niveau des arts plastiques, de l'architecture, de l'art, du design, du paysage ou de la lumière, semble une bonne solution pour redonner une image vivante et créer véritablement une nouvelle identité pour les cités et les territoires » affirme Georges Verney-Carron qui ajoute que « Les territoires et les pratiques doivent pouvoir bénéficier d'approches multidisciplinaires et sensibles. Il est nécessaire de redonner du sens à nos offres touristiques, en replaçant les valeurs et les approches transdisciplinaires au cœur des préoccupations ».

ELSA FRANCES, Directrice de la Cité du Design rappelle que, pour le design, l'innovation est avant tout abordée sous l'angle fonctionnel. Le design a en effet cette particularité d'aborder la question de l'innovation et du changement par les usages.

« Le rôle du design est de voir comment les usages et les pratiques évoluent, et comment il peut répondre à ces évolutions. Il a ce pouvoir de s'appliquer à ce qu'il y a de plus complet dans la vie quotidienne des gens, en proposant des objets, des systèmes d'équipement, qui vont s'adapter aux changements et les rendre tangibles. Contrairement à l'artiste, le designer se situe dans une démarche fonctionnelle, il répond à une demande de la société. En fait, le design est essentiellement un facilitateur. »

« Le rôle du design est de voir comment les usages et les pratiques évoluent, et comment il peut répondre à ces évolutions. Il a ce pouvoir de s'appliquer à ce qu'il y a de plus complet dans la vie quotidienne des gens, en proposant des objets, des systèmes d'équipement, qui vont s'adapter aux changements et les rendre tangibles. Contrairement à l'artiste, le designer se situe dans une démarche fonctionnelle, il répond à une demande de la société. En fait, le design est essentiellement un facilitateur. »

Ainsi, la relation humaine et la relation sociale sont des dimensions clés dans le processus de création d'un objet, celui-ci devant répondre à un besoin conscient ou inconscient du consommateur.

Le design accompagne ou anticipe les évolutions de notre société. Par exemple, le design se doit de réguler les flux d'informations dont nous sommes aujourd'hui bombardés. « Un objet toujours en éveil est un objet qui nous relie en permanence à un réseau. Est-ce souhaitable ? Les designers travaillent beaucoup sur cette question. GPS, WIFI, I-Phone, bornes interactives ont profondément modifié nos habitudes de consommation. L'information doit être à notre portée partout et immédiatement. Mais est-il souhaitable de tout maîtriser, de ne plus être surpris pas la découverte d'un nouveau territoire ? Les objets communicants nous permettent d'anticiper nos déplacements, mais ne nous enlèvent-ils pas une part de notre imaginaire ? » interroge Elsa Francès

Poursuivant sa réflexion, Elsa Francès estime que le développement du virtuel et le design modifient profondément notre perception des territoires. « Aujourd'hui, via le web, nous n'avons plus la même perception. Les cartes mentales, les images mentales du monde évoluent. Les designers des sites web nous proposent de nouvelles perceptions grâce aux plans d'ensemble, aux liens interactifs avec d'autres lieux, aux images satellites, à la réalité augmentée... Nous connaissons tout d'un lieu sans y être jamais allés. En conséquence, nous devons redonner du sens aux déplacements, les rendre attractifs, être capables de surprendre et de susciter des émotions. Là encore il s'agit de travailler sur les valeurs, sur le sens, sur les sens » conclut Elsa Frances.

Olivier CÉLARIÉ, Directeur de la communication de Lille 3000, en s'appuyant notamment sur l'expérience de Lille 2004, affirme que l'innovation et la créativité sont les conditions indispensables pour que le patrimoine soit révélé, en faisant appel à l'émotion. Il faut retrouver la valeur et le sens des choses. Tout comme Georges Verney Carron, Olivier Célarié souligne la nécessité d'investir les édifices patrimoniaux pour en faire de véritables lieux de vie. C'est le cas du projet exemplaire de la Gare Saint-Sauveur, qui récemment réhabilitée, est devenue un lieu intergénérationnel et ouvert à toutes les cultures, ce qui génère une formidable dynamique.

Pour le faire vivre, pour le révéler, la dimension de la relation humaine des médiateurs (plus que des guides), est indispensable. En outre, l'évaluation qualitative et quantitative de la satisfaction des visiteurs et de leurs envies permet de faire évoluer les concepts et les propositions qui leur sont faites.

Michel COTE, Directeur du Musée des Confluences à Lyon alerte sur la nécessité de se placer en posture d'innovation en cassant les codes. Pour ce faire il faut d'abord définir le projet avec des mots sensés et rompre ainsi les préjugés réciproques de la culture et du tourisme. Le dialogue des différences constitue en effet le moteur des projets complexes, et, partant, il faut laisser de la place et du temps pour que ce dialogue soit total, pour que la compréhension soit totale ; c'est l'outil indispensable pour le succès d'un projet. S'appuyant sur l'exemple du Musée des Confluences, Michel Côté estime que le musée est aujourd'hui un projet complexe, dont le concept même est aujourd'hui en grande partie réinventé. Il est l'œuvre d'un collectif aux compétences multiples qui permet d'aborder l'objet et son contenu par tous les sens. Le musée est devenu un nouveau lieu aux activités multiples, et qui voit se conjuguer une grande variété d'usages. Rejoignant les propos d'Olivier Célarié, il estime que la réussite d'un tel ensemble ne peut passer que par l'évaluation de la pertinence de la création.

Commentaires
comments powered by Disqus