La gastronomie, valeur sûre du tourisme

Publié le 20 janvier 2011

Le colloque « Devenirs touristiques des patrimoines alimentaires » organisé par Rhône-Alpes Tourisme dans le cadre des Entretiens Jacques Cartier 2010 a permis de mesurer l’importance de la gastronomie et des produits de terroir dans la valorisation des destinations touristiques. Ils constituent même souvent un argument essentiel dans leur promotion. Retour sur un colloque à travers les témoignages de Jean-Pierre Lemasson, professeur au département d’études urbaines et touristiques à l’Université du Québec à Montréal, et Julia Csergo, maître de conférences à l’Université Lyon 2, laboratoire d’études rurales.

Il s’agit d’un drôle de paradoxe. À l’heure de la mondialisation, la gastronomie et les produits de terroir s’imposent comme des produits d’appel majeurs pour les destinations touristiques. C’est en tout cas ce qui est ressorti du colloque « Devenirs touristiques des patrimoines alimentaires » organisé les 22 et 23 novembre dans le cadre des Entretiens Jacques Cartier 2010.

 

Professeur au département d’études urbaines et touristiques à l’Université du Québec à Montréal, Jean-Pierre Lemasson était l’un des intervenants majeurs de ce rendez-vous. « J’ai essayé de montrer comment le patrimoine et sa perception peuvent constituer le fondement d’une nouvelle politique touristique au Québec, explique-t-il. L’offre touristique est de plus en plus orientée vers une offre alimentaire et elle suscite la création de routes gourmandes, de festivals spécialisés. Des activités touristiques se greffent autour et ce qui est vrai pour le Québec l’est ailleurs ». Son propos s’est ensuite efforcé de détailler l’offre québécoise qui met en avant l’œnotourisme le long de la frontière américaine avec des variétés hybrides qui résistent bien au froid. « Ça remonte à vingt-cinq ans et on compte une cinquantaine de vignerons qui font surtout des blancs jugés excellents selon les critères internationaux. Nous valorisons également la pomme et le cidre, dont le cidre de glace unique au monde, les pommes étant cueillies fin janvier – début février. Ce cidre de glace ressemble aux meilleurs vins liquoreux français et est en particulier commercialisé aux Galeries Lafayette. Ce produit fait l’objet d’un développement touristique important tout comme les fêtes du cochon, de la galette de sarrasin, de la poutine, une sorte de fast food québécois à base de frites et de fromage cedar, ou de la bière avec le célèbre festival de Chambly. Ces festivals thématiques s’accompagnent souvent de dégustations et de concerts. C’est moderne et ça s’adresse à de nouveaux gourmets. Cela nous donne un sentiment d’identité française qu’on retrouve au niveau du fromage puisqu’on produit désormais près de cinq cents variétés différentes, dont certains au lait cru, contre moins d’une centaine dans les années 90 ! »

Jean-Pierre Lemasson parle d’un « phénomène de patrimonialisation, les urbains rejetant les produits agro-alimentaires industriels et recherchant des produits locaux auxquels ils s’identifient. Des produits respectueux de l’environnement et souvent bio. Ce sont des véhicules culturels et nous faisons du patrimoine selon trois logiques. La première est une logique de francité, tout ce qui est identifié à la France étant considéré comme du patrimoine car ça nous redonne des racines. La seconde est une logique associée à l’espace territorial québécois : elle considère que tout ce qui vient de notre territoire est bon. Enfin, la troisième est plutôt post-moderne puisqu’on a tendance à s’approprier des produits pas forcément originaires de la francité mais évocateurs par rapport à un mythe. En conclusion, je dirai que n’importe quelle activité touristique peut se greffer sur ces logiques patrimoniales et que les perspectives de développement touristique autour du patrimoine sont considérables ».

 

De son côté, Julia Csergo, maître de conférences à l’Université Lyon 2 et co-organisatrice du colloque avec Hugues Béesau, directeur de la MITRA, et Sébastien Favier, chargé de mission ingénierie terroir, gastronomie et oenotourisme, dresse un bilan positif de ces deux journées : « Nous avons poursuivi la réflexion engagée en 2009 en l’ouvrant à d’autres pays et à des acteurs territoriaux qui ont pu s’exprimer au cours de tables rondes. L’objectif de ce colloque était de montrer comment des traditions ou communautés peuvent continuer à exister ou à se redécouvrir à travers une valorisation touristique. Le tourisme contribue à faire prendre conscience de ce dont on est porteur. C’était une thématique assez nouvelle, un regard un peu décalé par rapport à ce qu’on faisait auparavant. Nous avons ouvert des champs de réflexion et nous avons eu de très bons retours de la part des participants ».

110 participants ont assisté chaque jour aux exposés universitaires, aux témoignages des professionnels et aux débats nourris.

Le compte-rendu de ces deux journées, rédigé par la MITRA, sera mis en ligne dans le courant de ce printemps sur le site pro de Rhône-Alpes Tourisme.

 

Consulter d’ores et déjà les présentations des intervenants

Commentaires
comments powered by Disqus