Philippe Mallein, un spécialiste de l’innovation qui décoiffe

Publié le 19 novembre 2007

Philippe Mallein, conseiller scientifique sur les aspects innovation et usage au CNRS et au CEA, sera l'un des animateurs du Forum innovation & tourisme. Concepteur de la méthode Cautic qui permet de voir si les utilisateurs potentiels pourront s'approprier l'innovation, il entend lancer quelques pistes pour faire bouger le secteur du tourisme dans lequel le virtuel est appelé à jouer un rôle de plus en plus important.

Son nom ne vous dit peut être rien. Sachez pourtant que Philippe Mallein est l'un des pionniers français sur le créneau de l'innovation et de l'usage, spécialité qui est la sienne depuis la fin des années 70, époque à laquelle il travaillait à l'INA (Institut National de l'Audiovisuel). Actuellement conseiller scientifique sur ces deux aspects au CNRS, et au CEA de Grenoble pour le compte duquel il travaille depuis trois à quatre ans, il est le concepteur de la méthode Cautic, mise au point au milieu des années 90, commercialisée sous licence par le CNRS.

Cette méthode s'appuie sur vingt critères et elle permet notamment de voir si l'innovation sera assimilée par l'utilisateur et si ce dernier pourra se l'approprier, explique Philippe Mallein. Elle aide aussi à mesurer son adaptation à son environnement. Elle est donc principalement destinée aux ingénieurs et aux services recherche et développement des entreprises, l'objectif étant de faire en sorte que l'innovation soit le mieux possible adaptée aux besoins de ses futurs utilisateurs et qu'on évite de concevoir des choses qui n'intéressent pas les utilisateurs .

Plusieurs grands groupes industriels l'ont en tout cas adoptée. Il s'agit notamment de Schneider, ST Micro, France Télécom, Swisscom, Essilor, PSA, Bouygues et Bouygues Télécom, EDF,

Pour faire en sorte d'évaluer les significations d'usage d'une innovation, il faut travailler à quatre niveaux, détaille Philippe Mallein. Il faut d'abord voir comment l'innovation va être intégrée dans les savoir-faire des utilisateurs ; dans leurs pratiques quotidiennes, qu'elles soient professionnelles, familiales, relationnelles ou autres ; dans leur identité sociale et dans son environnement. Cette analyse part de l'idée que, pour un utilisateur, une innovation n'arrive jamais dans un désert car l'utilisateur a déjà des savoirs, des savoir-faire ,des pratiques ,une identité et un environnement social .

 

Pour faire en sorte d'évaluer les significations d'usage d'une innovation, il faut travailler à quatre niveaux, détaille Philippe Mallein. Il faut d'abord voir comment l'innovation va être intégrée dans les savoir-faire des utilisateurs ; dans leurs pratiques quotidiennes, qu'elles soient professionnelles, familiales, relationnelles ou autres ; dans leur identité sociale et dans son environnement. Cette analyse part de l'idée que, pour un utilisateur, une innovation n'arrive jamais dans un désert car l'utilisateur a déjà des savoirs, des savoir-faire ,des pratiques ,une identité et un environnement social .

 

Véritable référence dans le domaine de l'innovation, Philippe Mallein avait tout naturellement sa place au sein du Forum innovation & tourisme dont il sera l'un des animateurs vedettes. Un animateur qui devrait décoiffer et qui s'avoue intéressé par cette nouvelle vision du tourisme car j'ai l'impression que les enjeux de ce secteur deviennent des enjeux identitaires forts pour les vacanciers. En fait, je pense qu'on n'a pas encore saisi la transformation que cela peut induire. Parmi les pistes auxquelles nous pourrons réfléchir, je vois un nouveau rapport à l'espace avec un mélange de réel et de virtuel, le réel étant enrichi par des dispositifs virtuels et le virtuel par les perceptions du réel ce qui fait qu'on peut aller se promener en pleine virtualité dans le réel et en pleine réalité dans le virtuel. Et c'est la même chose pour le rapport au temps, les gens recherchant des courts séjours pour gagner du temps. Dans le tourisme, on recherche aussi une valorisation de son intimité, ce qui constitue une forme de sociabilité post-moderne. Et, à l'avenir, il n'est pas impossible du tout que l'on passe des vacances dans un monde virtuel !

 

Philippe Mallein estime que le tourisme doit se caler sur ces formes de sociabilité car le vacancier ne veut pas se soumettre au devoir de groupe. On se regroupe uniquement pour les intérêts individuels de chacun ce qui est une façon de fonctionner différente mais en aucun cas de l'individualisme . Et s'il n'a pas encore travaillé avec les professionnels du tourisme, il se dit prêt à réfléchir avec eux à des pistes nouvelles. Pour lui, il est par exemple anormal que les stations de sports d'hiver ne disposent pas de moyens d'information individualisés pour les hivernants . De la même façon, il émet l'idée de voir les snowparks mettre plus en avant l'aspect du virtuel car il y a des tas de choses qui pourraient se faire à ce niveau . Autre suggestion : Permettre à chaque utilisateur d'être un acteur, de multiplier ses capacités d'action pour qu'il fasse plusieurs choses en même temps ce qui est de plus en plus facile grâce aux technologies de l'information et de la communication. Il faut également valoriser le savoir-faire de tout un chacun comme ça se passe sur Internet et, à mon avis, c'est la même dimension qui est recherchée dans le tourisme. Et, à ce propos, on peut même parler de nouvelle démocratisation des loisirs avec ce tourisme Open Innovation dans lequel l'utilisateur devient l'un des acteurs de l'innovation ! 

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