Tendances des activités nature

Vers une pratique à sensations, ludique et accessible

Publié le 19 décembre 2016

Les activités de pleine nature ont mis deux à trois décennies pour passer d’une pratique sportive d’experts à une pratique de masse plus douce, tournée vers la détente et la découverte. Mais il aura suffi de quelques années et de l’arrivée de la génération Y (15-35 ans) dans les rangs des pratiquants et prestataires pour que l’univers des sports et loisirs de nature soit modifié en profondeur.

En rupture avec les générations précédentes, les Y (et les Z de moins de 20 ans, futurs pratiquants qui amplifient les comportements de leurs aînés) ont des attentes spécifiques. Les considérer comme marginales ou facultatives serait une erreur : ce sont souvent des indispensables et l’impossibilité de les satisfaire sera de plus en plus rédhibitoire dans le champ de la concurrence.

La génération Y est :

- Ludique et passe par le jeu pour apprendre, faire et partager,

- Soumise au dictat du plaisir et considère le bonheur comme un droit,

- En quête de liberté et d’équilibre personnel,

- Friande d’expériences, de nouveautés, de sensations,

- Connectée en permanence,

- Avide de fluidité et de flexibilité,

- Impatiente, en attente d’information immédiate, précise et objective,

- Désireuse d’offres diversifiées et personnalisées,

- En recherche de convivialité, de partage, d’échange,

- Dans l’usage et beaucoup moins dans la propriété (économie collaborative),

- Sensible au respect de l’environnement, anti-gaspillage.

Elle investit aujourd’hui et reformate les activités de pleine nature comme elle le fait dans bien d’autres domaines. La tendance est donc durablement et résolument au ludique, à la pratique facile, accessible mais avec de fortes sensations. Une activité de pleine nature s’essaye aujourd’hui comme une expérience, sans notion d’engagement ou de progrès dans la durée. Le découvreur deviendra peut-être un adepte si l’expérience est concluante.

Pour garder un adepte ou séduire un candidat à la découverte, l’offre doit mettre de côté les contraintes, être simple d’organisation et fluide dans la pratique, fournir des services et se prolonger après pratique, par exemple avec des animations, des évènements, des découvertes. Elle doit procurer du plaisir voire de l’adrénaline, apporter régulièrement du nouveau et même de l’insolite, et être valorisante dans son accompagnement par les professionnels. L’ego est important : s’il attend une prise en charge, le pratiquant veut néanmoins de l’aventure, tient à décider, choisir, composer le moment à venir à son image, et souhaite une adaptabilité à ses attentes.

En amont de la pratique une information fiable et à jour est attendue, ainsi qu’une forte réactivité pour la réponse aux demandes d’information et réservation. Cependant, la convivialité est fondamentale, de même que l’échange et le partage. Ce qui ne se limite pas aux personnes présentes sur le lieu de pratique car vraie vie et vie numérique sont désormais indissociables, même pour les activités nature. La connectivité n’est plus un avantage mais un incontournable.

De nombreuses stations de ski ont bien saisi l’importance de ces attentes et renforcent la diversification de leurs activités, confortant au passage leurs atouts face au changement climatique. Avec une large place accordée au ludique et à l’animation, pendant mais aussi après le ski, elles repositionnent une part de leur offre à grand renfort de connectivité et d’interactivité. Les stations deviennent des centres multi-activités capables d’attirer, d’occuper et de satisfaire même les non pratiquants.

Pour les même raisons, les complexes et parcs sports nature [vidéo] rassemblant en un même endroit infrastructures de pratiques multiples, services, évènements et hébergements connaissent un beau succès et, au-delà du simple site de pratique deviennent de véritables destinations touristiques réunissant sportifs et simple public attiré par une ambiance festive et décontractée en phase avec ses attentes. Les à-côtés et l’après-pratique comptent aujourd’hui autant que l’activité.

L’hébergement est l’un de ces à-côtés, et un prolongement essentiel de l’activité nature ; il fait pleinement partie de l’expérience attendue. Dans ce domaine, le médiocre est un repoussoir et la banalité une source d’hésitation. Les hébergements alternatifs, mobiles et/ou éphémères séduisent et croissent en nombre et en variété, avec un foisonnement de concepts nouveaux. Wifi gratuit et services en phase avec les activités nature sont incontournables. Par ailleurs, c’est sans doute dans son hébergement que l’adepte d’activités nature sera le plus attentif à la question de l’éco-responsabilité, préoccupation grandissante de la génération Y.

Du côté de la pratique des activités, on notera la multiplication et l’amélioration constante d’applications smartphones et tablettes (Mhikes en est une parmi d’autres) dédiées à la préparation, à la pratique (notamment le guidage) et au partage. Le mouvement collaboratif joue à plein et les plateformes de partage d’itinéraires de trail, balade et randonnée, géocaching se multiplient. La cartographie libre et contributive (par exemple OpenCycleMap) est de plus en plus utilisée au détriment des cartes IGN payantes ou Google peu adaptées à la pleine nature.

De nouveaux matériels suscitent l’intérêt, surtout lorsqu’ils apportent des sensations nouvelles et ludiques et que le plaisir vient soutenir l’effort. C’est en particulier le cas dans les domaines de la glisse, avec par exemple le Snooc, ou du vélo avec le VAE (vélo à assistance électrique) pour la balade ou le VTTAE pour une pratique plus engagée en pleine nature.

Les ventes de VAE sont probablement sur le point d’exploser pour l’utilitaire comme pour le loisir et le sport. En gommant les différences de niveau physique (expert/amateur, homme/femme, jeune/senior, valide/diminué) le VTTAE introduit une nouvelle donne effort / plaisir et remet le partage au cœur de la pratique.

La mise au point de produits et services liés aux activités de pleine nature mise de plus en plus sur la co-construction : le client sait, demandons-lui avant qu’il ne se tourne vers la concurrence ! Ainsi chez Raidlight-vertical le client donne son avis dans un « atelier de conception virtuel », teste les produits et contribue à leur amélioration en amont du lancement, ou à leur ajustement après.

La richesse, la cohérence, la qualité et la fluidité des offres et services de pleine nature passant par l’union et l’organisation, la tendance au regroupement de professionnels et à la structuration de territoires de pratiques en destinations pleine nature (stations et pôles de pleine nature) se confirme et s’amplifie.

Autres tendances notables : le succès de la pratique du trail qui ne se dément pas et dont l’esprit se diffuse dans d’autres pratiques comme le ski de randonnée. Les adeptes du trail se lancent de plus en plus sur les grands itinéraires de randonnée, à l’origine plutôt pensés pour une pratique lente et contemplative. Mais ce n’est pas le seul « détournement » opéré par les nouveaux pratiquants : sur ces grands itinéraires, et loin de leur esprit d’origine, se développe maintenant une itinérance de court séjour, avec une attente d’hébergements originaux et qualitatifs à coût très abordable, à contre-courant de la montée en gamme généralisée.

Enfin, à plus long terme, il n’y a plus de doute à avoir sur l’arrivée prochaine dans le domaine des activités nature de technologies dont on perçoit déjà tout le potentiel : l’impression 3D pour le matériel (peut-être un jour une tente), la réalité virtuelle (pour visiter et choisir avant d’y aller), les objets connectés (comme des semelles pour se faire guider) ou le Smart data qui, par la mise en relation des données de contacts, de profils, d’intentions et de comportements des individus représente en partie l’avenir de la personnalisation des services et des offres.

Contacts

Dominique BAMBIER
Développement / Tourisme itinérant / Innovation
Auvergne - Rhône-Alpes Tourisme
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